Vue intérieure de la basilique Saint-Marc de Venise, Italie, XIIIᵉ siècle, © Wikimedia Commons.

La basilique Saint-Marc, la plus précieuse église marquant les liens entre Venise et Constantinople

La basilique Saint-Marc de Venise est l’exemple le plus flagrant des échanges entre la Cité des doges et l’Orient grec. Décrite à de nombreuses reprises par ses spectateurs comme le plus impressionnant bâtiment inspiré de l’Orient médiéval, cette basilique est tout aussi important pour l’Histoire lagunaire que pour sa mythologie. Il demeure alors important d’évaluer son récit historique sans précédent. Cela nous permettra de positionner notre regard sur d’autres développements liturgiques vénitiens dont l’Histoire se rattache à celle de San Marco.

Le lecteur l’aura d’ailleurs déjà très sûrement visitée tant elle incarne la concentration de l’iconographie byzantine au cœur de la lagune vénitienne. Sa décoration religieuse sur fond d’or est parfaitement impressionnante, il faut l’avouer. Cette dernière s’étend sur plus de 6000m² d’après Otto Demus1DEMUS Otto, The Mosaics of San Marco in Venice, tome 1, volume 1, Dumbarton Oaks, Washington D.C., The University of Chicago Press, Chicago and London, 1984, p. XII., et 8000m² d’après le recensement actuel de la Surintendance de Venise. Dans les deux cas, cela en fait l’un des plus larges développements de mosaïques byzantines au monde.

Vue intérieure de la basilique Saint-Marc de Venise, Italie, XIIIe siècle, © Wikimedia Commons.
Vue intérieure de la basilique Saint-Marc de Venise, Italie, XIIIe siècle, © Wikimedia Commons.

Les mosaïques orthodoxes qui reposent au sein de la basilique Saint-Marc de Venise furent d’abord débutées au XIe siècle par le doge Domenico Contarini (1043 – 1071). Cependant, la décoration complète que nous pouvons observer de nos jours fut majoritairement produites à partir du XIIIe siècle, et à la suite de multiples chantiers orchestrés par de nombreux doges. La temporalité à laquelle a commencé cette décoration religieuse est relativement similaire à celle de la cathédrale Santa Maria Assunta de Torcello. Nous reviendrons alors vers cette réalisation importante pour l’Histoire lagunaire dans un prochain article.

L’histoire légendaire de la basilique San Marco

Le récit historique de cette église est aussi complexe qu’intéressant. Il débuta en 827, lorsque le doge Giustiniano Participazio décida de la translatio des reliques de l’évangéliste saint Marc depuis Alexandrie. D’après la légende, ses restes reposaient dans un temple égyptien bien gardé. Le doge envoya donc deux marchands habitués au trajet vers l’Orient, Buono de Malamocco et Rustico de Torcello, pour ramener à Rialto les reliques de saint Marc.

Mosaïque représentant le translatio des reliques de saint Marc dissimulées sous la viande de porc, façade extérieure ouest, basilique Saint-Marc, Venise, Italie, XIIIe siècle, © Archéologie et Histoire Morestel.
Mosaïque représentant le translatio des reliques de saint Marc dissimulées sous la viande de porc, façade extérieure ouest, basilique Saint-Marc, Venise, Italie, XIIIe siècle, © Archéologie et Histoire Morestel.

Par translatio, nous entendons davantage un pillage qu’un acte de déplacement orchestré évidemment. Car, toujours d’après cette légende, les deux marchands corrompirent deux moines alexandrins afin d’avoir accès aux reliques. Ils passèrent ensuite la douane égyptienne en recouvrant les restes de l’évangéliste de viande de porc, impure pour les Musulmans. Nous devons également notifier au lecteur que, durant cette période, le commerce avec les Musulmans était proscrit par l’Empire byzantin, suzerain du Duché vénitien.

Ces saintes reliques furent ensuite installées dans la modeste chapelle ducale déjà en place. Cette dernière, uniquement pour l’usage dogale, était initialement dédiée au premier saint-patron de Venise : saint Théodore. Dans son testament, Giustiniano Participazio demanda que sa fortune soit utilisée pour ériger une basilique à la hauteur des reliques qu’elle garde. Et il en fut ainsi.

Statues du Lion de saint Marc et de saint Théodore, colonnes de la Piazzetta San Marco, Venise, © Archéologie et Histoire Morestel.
Statues du Lion de saint Marc et de saint Théodore, colonnes de la Piazzetta San Marco, Venise, © Archéologie et Histoire Morestel.

La mutation du saint-patron de Venise est symbolique du changement d’allégeance orchestré par Venise. Elle marque ici son rapprochement vers l’Occident ; se détachant de Théodore, un saint byzantin, vers un saint majeur pour le catholicisme occidental : Marc l’évangéliste. Cela passera par l’usage de spolia, comme d’ailleurs à de nombreuses autres reprises au cours de l’Histoire vénitienne.

L’architecture de la basilique Saint-Marc de Venise

La basilique Saint-Marc est un exemple impressionnant de l’architecture byzantine, ou d’influence byzantine, présente dans la lagune vénitienne. Son plan reproduit l’église aujourd’hui disparue des Saints-Apôtres de Constantinople2LOWDEN John, L’art paléochrétien et byzantin, Paris, éditions Phaidon, 2001, p. 378.. Cet édifice fut commandé par l’empereur Constantin en personne, durant le IVe siècle. Elle devait lui servir de lieu de sépulture, une fois qu’il aurait pu rassembler autour de son tombeau les reliques des douze apôtres du Christ. Un désir quelque peu ambitieux il faut l’avouer, désir qu’il n’arrivera pas à mettre en place totalement.

Miniature représentant l’église des Saints-Apôtres de Constantinople, Homélies de Jacques de Kokkinobaphos, vers 1150.
Miniature représentant l’église des Saints-Apôtres de Constantinople, Homélies de Jacques de Kokkinobaphos, vers 1150.

La basilique Saint-Marc de Venise fut alors constituée à partir de 10633HECK Christian, Moyen-Âge, Chrétienté et Islam, Paris, Flammarion, 2005, p. 110., via de nombreux spolia issus du monde grec. Cette démarche permettait l’élévation du plus précieux écrin pour les reliques de l’évangéliste saint Marc. Une légende raconte que l’entièreté du marbre de sa façade principale serait constitué de matériaux volés au fil du temps par les marins vénitiens. Une « obsession vénitienne à exposer leurs trésors » en somme4MAGUIRE Henry, NELSON Robert S., San Marco, Byzantium and the Myths of Venice, Washington D.C., Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 2010, p. 110. Cela n’en reste pas moins impressionnant à contempler, je peux vous l’assurer. Il faut seulement apprendre à digérer les vagues de visiteurs qui adorent vous fondre dessus…

Basilique Saint-Marc, façade ouest, Venise, Italie, © Catarina Belova.

En définitif, la Venise médiévale reposait sur une ambition de prolongation de l’héritage grec. Cette ambition est toutefois à mettre en parallèle avec le désir de rapprochement vers l’Occident voulu par le nouveau saint-patronage de la cité. Cette dualité est parfaitement caractéristique de l’Histoire du Duché vénitien depuis ses premiers siècles d’existence. Il existe de multiples exemples de cette affirmation, cependant cher lecteur, je me permets de les réserver pour de futurs billets.



Bibliographie

DEMUS Otto, The Mosaics of San Marco in Venice, tome 1, volume 1, Dumbarton Oaks, Washington D.C., The University of Chicago Press, Chicago and London, 1984.

HECK Christian, Moyen-Âge, Chrétienté et Islam, Paris, Flammarion, 2005.

LOWDEN John, L’art paléochrétien et byzantin, Paris, éditions Phaidon, 2001.

MAGUIRE Henry, NELSON Robert S., San Marco, Byzantium and the Myths of Venice, Washington D.C., Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 2010.

Le Trésor de Saint-Marc de Venise, catalogue d’exposition, Galeries nationales du Grand Palais (24 mars – 25 juin), Paris, Réunion des musées nationaux (Paris), 1984.

  • 1
    DEMUS Otto, The Mosaics of San Marco in Venice, tome 1, volume 1, Dumbarton Oaks, Washington D.C., The University of Chicago Press, Chicago and London, 1984, p. XII.
  • 2
    LOWDEN John, L’art paléochrétien et byzantin, Paris, éditions Phaidon, 2001, p. 378.
  • 3
    HECK Christian, Moyen-Âge, Chrétienté et Islam, Paris, Flammarion, 2005, p. 110.
  • 4
    MAGUIRE Henry, NELSON Robert S., San Marco, Byzantium and the Myths of Venice, Washington D.C., Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 2010, p. 110.

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